lundi 27 juillet 2015

Le verre à moitié vide ou à moitié plein

Singe et paysage bucolique dans un vivarium futuriste

Il y a deux semaines, un graffiti à la bombe sur une affiche de publicité a retenu mon attention dans une station de métro : "Non aux animaux en prison." Cette station se trouvait sur la ligne 1 du métro parisien, La Défense – Château de Vincennes.

Je n'ai pris conscience de la portée de ce message qu'il y a trois jours, lorsque nous sommes allés en famille visiter le "nouveau" Zoo de Vincennes, lequel avait rouvert ses portes au printemps 2014, après avoir été entièrement réaménagé.

J'ai été agréablement surpris par ce Zoo de Vincennes relooké. Les espaces où vivent les animaux sont plus grands, plus verts, plus "naturels", une différence notable avec ces fosses exiguës en béton de l'ancien zoo où nous emmenions notre fille s'extasier tout en se barbouillant la figure de barbe à papa. Le parc d'attractions actuel met l'accent sur sauvegarde des espèces menacées, avec des supports audiovisuels qui diffusent en boucle des films éducatifs sur la faune et la flore terrestres. Jusqu'à la boutique de souvenirs, aux produits estampillés d'un animal ou du logo Zoo de Vincennes, où il est signalé que les bénéfices serviront à la préservation des espèces en danger.

Avant d'écrire cet article, j'ai tapé animaux et prison dans la fenêtre de recherche de Google, car je voulais retrouver la formulation exacte du slogan graffité, et je suis tombé sur plusieurs articles reprenant ces revendications anti-zoo. En parcourant ces articles de presse ou de blog, j'ai appris que les scientifiques avaient "réussi à prouver que les animaux étaient doués de conscience".

Bigre ! Fallait-il une étude scientifique pour prouver cette évidence ? Avant de se lancer dans de coûteux travaux de recherche, ces "savants" auraient dû regarder les définitions du mot conscience dans un bon dictionnaire. Des fois, savoir de quoi on parle représente un niveau de connaissance appréciable sur un sujet.

La conscience, par définition, est perception. Les animaux perçoivent-ils ? Eh bien, pour le prouver, nous allons enfermer ce lion d'Afrique et ce chercheur dans une cage. Afin de rendre l'expérience la plus objective possible, nous avons mis des boules Quies à l'animal et ne lui avons fourni aucun indice relatif à la présence d'un humain dans la cage. Après quelques cavalcades, hurlements, éclaboussures sanglantes et bruits d'os broyés, l'expérience a été un franc succès : "l'animal a perçu qu'il y avait quelqu'un d'autre dans la cage, il est par conséquent doué de conscience."

On pourra m'objecter que la définition qui s'applique ici, celle qui sépare l'humain de la bête, c'est le fait d'être "conscient de sa propre perception". Ce que le Petit Robert définit ainsi : Connaissance immédiate de sa propre activité psychique. Je répondrai que c'est du chipotage. Conscient c'est conscient, un point c'est tout. Conscient de qui ou de quoi est secondaire. Il paraît logique qu'un être conscient soit forcément conscient de l'être, car la conscience, par définition, est un processus récursif. Quand on sait, on sait qu'on sait, non ?

Quiconque n'a jamais été assez conscient, c'est-à-dire observateur, pour voir un chat ou un cheval être rancunier, un chien venir "s'excuser" d'un air penaud après avoir fait une bêtise, ne devrait pas recevoir un centime de subvention pour étudier des animaux. Sans parler d'être recalé à ses examens de biologie.

Sur cette question épineuse qui tarabustait les savants, les "bêtes", ce n'étaient pas les animaux, eux, ils savaient pertinemment qu'ils étaient conscients. Cela dit, j'espère qu'aucun animal n'a été maltraité pour réaliser ces expériences.

Trêve de plaisanterie, un animal, comme tout ce qui vit, est conscient. Et bien sûr, il sera moins heureux enfermé dans un zoo que vivant dans le grand espace d'une réserve naturelle… jusqu'à ce qu'un braconnier ou combattant local vienne l'abattre avec un fusil de chasse ou un kalachnikov, pour le profit ou par malveillance.

À plus ou moins brève échéance, les zoos prisons pourraient devenir des sanctuaires abritant les derniers spécimens d'espèces en voie de disparition. Dans ce débat, on peut voir le verre à moitié vide ou à moitié plein. En considérant des informations sans les relier à leur contexte, on peut tomber dans les extrêmes et la frontière qui sépare un esprit critique d'un rabat-joie est parfois bien mince.

Les animaux sont conscients, ce sont des êtres à part entière, et c'est un abus de pouvoir de les incarcérer dans un zoo. C'est vrai. Mais les auteurs qui ont rédigé ces articles prônant la défense du droit animal sont-ils tous végétariens ? Car le sort que l'homme inflige aux animaux domestiques est bien plus cruel que celui réservé aux animaux sauvages dans le pire des zoos. La personne qui a bombé "Non aux animaux en prison" a-t-elle poursuivi sa croisade en taguant tous les bacs réfrigérés des rayons boucherie dans les grandes surfaces ?

Je ne suis jamais senti à l'aise avec le fait de manger de la viande : morceaux de cadavre, animaux qui, arrivés à l'abattoir, poussent des cris d'angoisse insupportables. Ils sont visiblement assez conscients pour savoir ce qui les attend. Dans notre famille, nous avons souvent évoqué l'idée de devenir végétarien, mais ce régime pose des problèmes logistiques quand on manque du temps nécessaire pour composer des repas équilibrés avec toutes sortes de céréales protéinées, surtout quand on n'aime ni le seitan ni le tofu.

Aussi, j'ai cette excuse darwiniste qui veut que, d'un bout à l'autre de la chaîne alimentaire, la nature ne soit que chasses impitoyables et meurtres sanglants, mais cela ne m'absout pas pour autant. Mon dilemme est que je suis un esprit sensible habitant un corps d'homo sapiens : maximum de molaires et d'incisives pour le régime herbivore, plus quelques canines pour la viande.

Que fera-t-on quand des scientifiques auront démontré que les fruits et légumes, en tant qu'êtres vivants, sont doués de conscience ? Vous imaginez un tribunal établissant une jurisprudence avec la condamnation d'un cuisinier ayant râpé des carottes : "crime contre la légumanité". Même cueillis, les légumes sont encore vivants, n'est-ce pas ? Par exemple, les patates continuent de germer, le fenouil, de faire des pousses.

Il me vient une idée, tout à coup, qui pourrait peut-être réconcilier tout le monde. J'ai appris que le Zoo de la discorde allait aménager un nouvel espace pour y installer des éléphants. Cela représente un investissement important et c'est grâce au nombre de visiteurs accueillis cette année. Alors, plutôt que de critiquer le Zoo de Vincennes ou d'appeler à son boycott, pourquoi ne pas le soutenir afin qu'il puisse investir dans de plus grands espaces et de meilleures conditions de vie pour les animaux ? L'idée, c'est que si on veut changer le monde, il faut y aller graduellement, en commençant par de petites choses.

Plus tard, avec suffisamment de recettes et quelques subventions, on pourra toujours transformer le Bois de Vincennes en réserve naturelle. Pour le coup, faire du jogging, ça va vraiment être du sport !

2 commentaires:

  1. Petit addendum à cet article où il est question du droit des animaux et du végétarisme.

    Cela fait plusieurs mois qu'après discussion, toute la famille a arrêté de consommer des viandes de quadrupède. Définitivement.

    Adieu veaux, vaches, cochons, moutons. Ne restent au menu que le poisson, les crustacés et la volaille, en plus des œufs, fromages, produits laitiers divers, légumineuses, céréales, légumes et fruits.

    L'équilibre alimentaire n'en souffre pas. On se sent plus léger, physiquement et mentalement.

    Ça ne fait pas encore de nous des êtres spirituellement évolués, juste un peu moins barbares, un peu plus civilisés.

    On a réessayé le seitan, on n'aime vraiment pas. L'une d'entre nous fait la grimace devant les légumineuses.

    Affaire à suivre…

    RépondreSupprimer
  2. Un zoo réserve naturelle ? Je n'y avais jamais pensé. Mais de nos jours, c'est pas bête du tout.
    Nous aussi on évite de manger les 4 pattes. Nous n'y arrivons pas toujours, mais nous en mangeons très peu.
    J'ai beaucoup ri à l'idée du jogging dans une future réserve naturelle.
    Joëlle

    RépondreSupprimer

1) Écrivez votre commentaire dans le cadre de saisie.
2) Cliquez sur la petite flèche pointant vers le bas, à droite de Commentaire.
3) Dans le menu déroulant, cliquez sur Nom/URL.
4) Dans la fenêtre ayant pour titre Modifier le profil, sous le mot Nom, inscrivez votre nom ou pseudonyme. (La case URL est pour ceux qui veulent que l'adresse de leur site ou blog apparaisse au-dessus de leur commentaire.)
6) Cliquez sur Continuer.
7) Cliquez sur Publier.

Merci !