vendredi 18 novembre 2016

Un livre dont vous êtes le héros l’auteur


J’ai changé la vidéo à la fin de l’article Liberté d’esprit.

Maintenant, ce clip vidéo déchirant de Michael Jackson peut sembler contradictoire avec le billet plein d’espoir qui précède, mais pas si vous le regardez jusqu’à la fin.

Par souci de compréhension, je vous mets ci-dessous une traduction des paroles, assortie d’un essai sur les questions qu’elle soulève.

Cet essai, comme vous constaterez, illustre ce concept de “liberté d’esprit”, qui est l’aptitude à “désobéir” à la réalité. Cette capacité étant le signe distinctif des esprits rebelles. Ainsi, la boucle sera bouclée. En littérature, écrire à l’avance des éléments d’intrigue qui reposent sur des informations futures, encore inconnues du lecteur, est le privilège du “narrateur omniscient”.

Je m’explique, car l’idée est suffisamment tordue pour vous embrouiller. Je prédis, dès à présent, que la fin du présent article que je n’ai pas encore écrit va rejoindre et confirmer cet autre billet posté le 26 juin 2016.

Maintenant, place à la poésie, ce que sont les chansons, en fin de compte. Si Victor Hugo vivait à notre époque, il devrait monter un groupe : passer des annonces pour trouver des musicos, un chanteur (ou une chanteuse) pour ses textes. Démarcher les maisons de disque. Comme nom de groupe, je verrais bien “Vick et les misérables”.

Vous imaginez ?

J’aime l’araignée… (Accord de guitare rauque, saturé)

Et… j’aime… l’or-tie… (Nouvel accord ravageur)

Et là, chant et chœurs à l’unisson :

Parce qu’on les HAIIIIIIIIIT !

Et le morceau démarre sur un tempo endiablé de 160, entre punk et hard rock.

Bon, pour aujourd’hui, on se contentera de la pop romantique de Michael.

Ceux qui sont fans, vous pouvez écouter la musique en même temps que vous lisez les paroles. Cliquez sur ce lien. Une page Internet supplémentaire s’affiche, qui contient la vidéo Earth Song. Vous pouvez même chanter en chœur, façon karaoké.

The Earth Song
La chanson de la terre

What about sunrise?
Qu’en est-il du lever du soleil ?

What about rain?
Qu’en est-il de la pluie ?

What about all the things
Qu’en est-il de toutes ces choses

That you said we were to gain
Que tu as dit qu’on gagnerait ?

What about killing fields?
Et les champs de bataille ?

Is there a time?
En a-t-on fini ?

What about all the things
Qu’en est-il de toutes ces choses

That you said was yours and mine?
Que tu disais être à toi et à moi ?

Did you ever stop to notice
Aurais-tu arrêté de remarquer

All the blood we’ve shed before?
Tout le sang que nous avons versé ?

Did you ever stop to notice
Aurais-tu arrêté de remarquer

The crying Earth the weeping shores
La terre éplorée, les rivages qui sanglotent

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

What have we done to the world?
Qu’avons-nous fait au monde ?

Look what we’ve done
Regarde ce que nous avons fait

What about all the peace
Qu’en est-il de toute cette paix

That you pledge your only son?
Que tu as promise à ton fils unique ?

What about flowering fields?
Qu’en est-il des champs de fleurs ?

Is there a time?
Est-ce que ça va durer ?

What about all the dreams
Qu’en est-il de tous les rêves

That you said was yours and mine?
Que tu disais être les tiens et les miens ?

Did you ever stop to notice
Aurais-tu arrêté de remarquer

All the children dead from war?
Tous les enfants tués par la guerre ?

Did you ever stop to notice
Aurais-tu arrêté de remarquer

The crying Earth the weeping shores?
La terre éplorée, les rivages qui sanglotent ?

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

I used to dream
J’avais l’habitude de rêver

I used to glance beyond the stars
J’avais l’habitude de regarder au-delà des étoiles

Now I don’t know where we are
Maintenant je ne sais plus où nous sommes

Although I know we’ve drifted far
Même si je sais que nous avons dérivé loin

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Hey, what about yesterday?
Hé ! Qu’en est-il d’hier ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the seas ?
Qu’en est-il des mers ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

The heavens are falling down
Le ciel tombe en morceaux

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

I can’t even breathe
Je ne peux même plus respirer

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the bleeding Earth?
Qu’en est-il de la terre qui saigne ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

Can’t we feel its wounds?
Ne pouvons-nous sentir ses blessures ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about nature’s worth?
Et la richesse de la nature ?

(ooo, ooo)
(ooo, ooo)

It’s our planet’s womb
C’est le sein de notre planète

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about animals?
Et les animaux ?

(What about it?)
(Qu’est-ce qu’il en est ?)

We’ve turned kingdoms to dust
Nous avons réduit des royaumes en poussière

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about elephants
Et les éléphants ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

Have we lost their trust?
Avons-nous perdu leur confiance ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about crying whales?
Et le cri des baleines ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

We’re ravaging the seas
Nous ravageons les mers

(What about us)
(Qu’en est-il de nous)

What about forest trails?
Qu’en est-il des chemins forestiers ?

(ooo, ooo)
(ooo, ooo)

Burnt despite our pleas
Brûlés malgré nos supplications

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the holy land?
Qu’en est-il de la terre sainte ?

(What about it)
(Qu’en est-il ?)

Torn apart by creed
Déchirée par les croyances

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the common man?
Qu’en est-il de l’homme du peuple ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

Can’t we set him free?
Ne pouvons-nous le libérer ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about children dying?
Qu’en est-il des enfants qui meurent ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

Can’t you hear them cry?
Tu ne les entends pas pleurer ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

Where did we go wrong?
Quand avons-nous fait une erreur?

(ooo, ooo)
(ooo, ooo)

Someone tell me why
Que quelqu’un me dise pourquoi

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about babies?
Qu’en est-il des bébés ?

(What about it)
(Qu’en est-il ?)

What about the days?
Qu’en est-il des jours ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about all their joy?
Qu’en est-il de toute leur joie ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the man?
Qu’en est-il de l’homme ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about the crying man?
Qu’en est-il de l’homme qui pleure ?

(What about us?)
(Qu’en est-il de nous ?)

What about Abraham?
Qu’en est-il d’Abraham ?

(What was us?)
(Qu’est-ce qu’on était ?)

What about death again?
Que dire de plus sur la mort ?

(ooo, ooo)
(ooo, ooo)

Do we give a damn?
Est-ce qu’on s’en fout ?

Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah
Aaaaaaaaah Aaaaaaaaah

Ce cri du cœur, poignant de désespoir et d’incompréhension face à tous les malheurs du monde, est une prière adressée à Dieu qui oscille entre supplique et réquisitoire, à la façon d’un gospel.

What about …?

Qu’en est-il de … ?

Une traduction plus interprétée, moins littérale, serait : "Qu’est-ce qui se passe avec … ?"

Ou encore plus directe : "Pourquoi … ?"

Face à toutes ces questions, je ne peux résister à l’envie de suggérer une réponse.

Voici ma théorie : La vie est un roman d’aventures.

Vous diriez ça à un amateur de littérature.

Pour un cinéphile, vous diriez plutôt : La vie est un film d’aventures en 3D.

Un joueur sur console ou ordinateur, ou un fan de jeux de rôles, comprendrait mieux cette version : La vie est un jeu vidéo.

Pour la simplicité de notre démonstration, nous retiendrons la comparaison avec un bon vieux roman comme on les aime.

J’en vois, là-bas, de l’autre côté de leur écran, qui commencent à avoir les yeux aussi pédonculés que ceux d’une langouste. Faites gaffe, les fêtes approchent ! Vous prenez des risques, à faire une tête pareille. Il y a des cuistots qui ont la vue basse. Vous pourriez finir enrobés de mayonnaise sur une feuille de salade.

Un roman comme on les aime ?

Non, mais ça va pas, la tête ! C’est quoi, cet humour noir de blogueur débile ? Moi, cette vie-là, je l’aime PAAAAS !

Oui, je sais, c’est l’impression que ça donne… Mais gardez à l’esprit qu’il s’agit d’un roman, et là, j’ai quelques bonnes et mauvaises nouvelles, pour vous.

Lesquelles vous voulez en premier ?

Les mauvaises ? Les bonnes ?

J’entends les deux réponses…

Visiblement, nous avons ceux qui préfèrent les tragédies et ceux qui préfèrent les happy end.

Ah ! Quelques-uns sourient, ils commencent à voir où je veux en venir. Parce que même parmi les malheureux dont la vie est une tragédie, on est surpris d’apprendre que c’est exactement le type d’histoires qu’ils aiment. Ces inconscients sont persuadés que leurs envies, leurs affinités, leurs souhaits, leurs penchants n’ont aucune influence sur leur existence ou la réalité.

Personnellement, je suis partisan des fins heureuses, mais pour ne pas faire de jaloux, on va la jouer fifty-fifty,

Par quoi je commence ?

Allez, honneur aux perdants…

Mauvaise nouvelle : vous êtes un personnage du grand livre de la vie.

Bonne nouvelle : certains d’entre vous sont des héros.

Mauvaise nouvelle : d’autres sont des anti-héros ou des personnages secondaires, des “figurants”.

Bonne nouvelle : vous n’êtes pas seulement un personnage, héros ou héroïne, vous êtes aussi l’auteur, l’écrivain, de ce roman d’aventures.

Mauvaise nouvelle : c’est une COécriture. Regardez autour de vous, on est un paquet de scribouillards pas forcément talentueux à écrire cette intrigue sans queue ni tête.

Bonne nouvelle : certains d’entre vous, parmi les auteurs, s’efforcent de faire triompher le bien.

Mauvaise nouvelle : d’autres préfèrent les naufrages dont personne ne réchappe, les méchants vicieux, machiavéliques, les histoires qui finissent mal, avec des personnages qui en voient de toutes les couleurs ou qui se font dézinguer à tous les coins de scénario. Ils aiment les cris, les pleurs et les grincements de dents. Faut que ça saigne, sinon ils s’ennuient. Et ils sont nombreux, les bougres ! Y a qu’à voir Game of Thrones, plus gros succès mondial des séries télévisées, toutes catégories confondues.

Bonne nouvelle : certains d’entre vous commencent à comprendre que puisque vous êtes à la fois écrivains et personnages de l’histoire, faudrait peut-être songer à écrire un truc plus soft.

Mauvaise nouvelle : la plupart des auteurs font de l’écriture automatique. Explication : ils écrivent cette histoire depuis si longtemps qu’ils ont oublié la plume entre leurs doigts. Ils n’entendent même plus son grattement sur le papier, tant ils sont captivés, obnubilés, obsédés par le suspens de ce bouquin qu’ils sont incapables de lâcher, sauf de temps à autre, quand leur personnage boit la tasse, se fait rouler dessus par un tramway ou rend un milliardième dernier soupir sur un lit d’hôpital ou un champ de bataille.

Bonne nouvelle : comme je l’ai expliqué plus haut, le processus d’écriture par lequel un auteur peut faire ce qu’il veut, être le narrateur omniscient et modeler l’intrigue à sa guise, est appelé en littérature “jouer à Dieu”. Et en tant qu’écrivain, vous pouvez le faire. En trois mots : Dieu, c’est vous. Certains trouveront que c’est plutôt une mauvaise nouvelle.

Mauvaise nouvelle : beaucoup d’entre vous refusent d’assumer ce rôle d’écrivain pour se focaliser sur le personnage qu’ils incarnent dans le livre. Ils trouvent, et ils n’ont peut-être pas tort, qu’une histoire où le héros est aussi l’écrivain qui n’écrit que des trucs sympas pour se la couler douce, c’est une histoire complètement nulle. Par conséquent, même dans les pires moments, au cœur des destins les plus tragiques, ils continueront de s’accrocher à cette idée qu’ils ne sont pas l’auteur du roman, qu’ils ne sont qu’un malheureux protagoniste, misérable victime d’un scénario cruel écrit par quelqu’un d’autre. Le nom de cet auteur sadique varie, mais ça peut aussi être un pseudonyme : Dieu, Jéovah, Vichnou, le destin, le hasard, la chance, les autres, les gens, l’Univers, C la fote a la sossiété, bref, n’importe qui ou n’importe quoi. Mais pas moi, non, j’y suis pour rien. Ça demande une sacrée aptitude à contempler les ongles de sa main gauche, pendant qu’on se file à soi-même des torgnoles de la main droite. Après quoi, on peut s’indigner : “Mais enfin, qui a osé ?”

Quel avantage ? Plus de fun, plus de suspens, plus de sensations, même des mauvaises. N’importe quoi pourvu que ça couine.

Qui a dit “Faut être maso”  ?

Allez dans un parc d’attractions, observez ceux qui montent dans la grande roue, le train fantôme ou le grand huit, vous savez, ces manèges qui font hurler, remonter la barbe à papa jusqu’aux dents du fond et filent les jetons. Et les gens payent, en plus !

Eh bien, considérez que l’univers est juste un parc d’attractions plus grand, plus mouvementé, plus flippant.

Bonne nouvelle : l’outil essentiel d’un auteur pour écrire une histoire, c’est son imagination. Laquelle n’est rien d’autre que sa faculté de penser ou de rêver. Pour un écrivain chevronné, à peine pensée, l’idée se retrouve couchée sur le papier. Dans le roman de la vie, nos souhaits, nos prières, nos envies sont continuellement exaucés. Avant de hurler, lisez la suite…

Mauvaise nouvelle : nos mauvaises pensées, nos craintes, s’exaucent aussi. Un cauchemar, c’est juste un rêve sur le mode thriller.

Bon, j’en vois qui commencent à péter les plombs… Une pause musicale.



Alors, ça va mieux ?

Hé ! Vous avez vu que dans ce clip vidéo, on voit tout un tas de gens qui payent pour rester enfermés dans le noir, à vivre une expérience terrifiante et pousser des cris. Pourquoi la vie serait-elle si différente ?

Ça y est, les voilà encore qui s’énervent !

Musique…



Allez, enchaînons avec une bonne nouvelle : les mauvaises pensées des uns sont contrées par les bonnes pensées des autres.

Mauvaise nouvelle : l’inverse est aussi vrai.

Ni bonne ni mauvaise nouvelle : beaucoup, parmi les auteurs, sont du genre cyclothymique, ils alternent euphorie et mélancolie, générosité ou malveillance, au gré des (més)aventures du personnage qu’ils incarnent dans cette histoire écrite par des coauteurs irresponsables pratiquant le déni cosmique. Freud parlait de l’inconscient, mais comparées à une compulsion et une obsession pathologiques pour la destruction et le chaos, les pulsions sexuelles refoulées, ça vaut pas un pet de lapin.

Mauvaise nouvelle : rappelez-vous, c’est une COécriture. Vous pouvez très bien pondre une idée merveilleuse, pour constater plus tard que votre voisin, patron, conjoint ou le baratineur pour lequel vous avez voté, en résumé un autre coauteur, l’a raturée sournoisement, avant d’y ajouter un chapitre où votre personnage s’en prend plein la tête.

Bonne nouvelle : quand vous avez un coauteur qui vous pourrit le scénario de cette façon, vous pouvez lui rendre la monnaie de sa pièce, lui souhaiter moult misères qui ne tarderont pas à ternir son rêve, faire tourner le lait de ses vaches, recouvrir sa plage ensoleillée d’un nuage orageux ou la dévaster avec un cyclone. Y en a qui disent que c’est le karma, d’autres la justice “divine”, et ça pourrait juste être un effet boule de neige, sur le mode envoûtement, sorcellerie vaudou, de tous les souhaits de vengeance et malédictions des autres personnages/auteurs qui ont été victimes du super-méchant. Et même si certains personnages donnent parfois l’impression d’être des super-méchants qui s’en tirent à bon compte, c’est juste une question de temps, dans les chapitres ou tomes suivants, avant qu’ils se prennent des retours de bâton. Et le temps est comme un élastique, plus on tire dessus, plus ça fait mal quand ça revient. Le gars est là, égoïste, machiavélique, vicieux, cruel, et en plus il est richissime et intouchable…

Dans un chapitre ou un tome futur du livre, il pourrait, en guise de personnage, devenir un cochon qui finit à l’abattoir, puis tourner en rond un bout de temps, comme ça, entre les fermes, les abattoirs et les rayons charcuterie. Avant de fuir ce cycle infernal en se rabattant sur quelque chose de plus calme, moins sanglant, comme une araignée ou une mouche.

Mauvaise nouvelle : plus vous avez d’auteurs, plus vous avez d’écriture. Plus l’encre coule à flots. Plus les caractères sont gras, difficiles à effacer. Ça donne l’impression que l’histoire est “gravée dans le marbre”, que pour corriger un passage, ce n’est pas une gomme qu’il vous faut, mais un marteau-piqueur. De même, plus de coécrivains, ça veut dire plus de pages. Le livre est un monstrueux pavé indigeste. C’est Guerre et paix de Léon Tolstoï, mais la version longue; en 300 volumes.

Corriger une seule erreur, c’est facile : “C’était un vrai loser battant.”

Mais quand il faut supprimer ou réécrire des millions de pages, tout en respectant la cohérence de l’intrigue, les choses se compliquent. Parce que, comme le dit Stepen King dans Écriture – Mémoires d’un métier, un écrivain ne peut pas mentir. Même si vous écrivez du fantastique ou de la SF, vous devez respecter un tel niveau de cohérence que vos histoires les plus invraisemblables paraissent vraies.

Qu’est-ce que la cohérence ?

Eh bien, si Bob est allongé bien raide avec deux balles dans le buffet au chapitre 7, l’auteur d’un roman ne peut pas nous le montrer en train de s’empiffrer un double cheeseburger avec une maxi-portion de frites au chapitre 12. C’est incohérent, on pourrait dire aussi : illogique.

L’exception à cette règle, comme je l’ai dit, s’appelle “jouer à Dieu”. Cela consiste, pour l’écrivain, à remonter le temps, puis modifier le passé depuis un avenir qu’il connaît à l’avance. Il pourrait par exemple révéler au lecteur, après coup, que le pistolet était un accessoire de théâtre, que le “mort” s’était prêté à une comédie afin de donner le change aux policiers, que toute l’histoire n’était qu’un coup monté, et ainsi de suite.

Si l’auteur a écrit toute l’histoire depuis le chapitre 7 jusqu’au chapitre 12 en sachant déjà que cet évènement allait se produire dans le futur, connaissance de l’avenir par l’auteur omniscient (Dieu), pas de problème. C’est un exercice périlleux, mais que beaucoup d’écrivains maîtrisent parfaitement.

Par contre, si l’auteur n’avait pas anticipé ce retournement, et que l’idée ne lui est venue qu’au chapitre 12 de modifier son texte a posteriori, il risque de créer un effet de dominos à rebrousse-poil dans lequel il va découvrir peu à peu que sa nouvelle idée rentre en conflit avec une foule de détails, déjà intégrés à l’histoire, auxquels il n’avait pas pensé.

Par exemple, il n’a pas réalisé qu’il avait fait dire à Vera, la femme de Bob, au chapitre 3, qu’elle le trouvait ennuyeux, sans imagination et timoré. Un personnage rasoir et falot aurait-il l’audace de se prêter à une telle mascarade ? L’auteur pourra alors s’apercevoir de ce détail contradictoire, plus tard en se relisant, et il voudra le corriger en faisant dire l’inverse à Vera en des termes élogieux, sans se rendre compte que par le même coup, le fait que Vera trompe Bob depuis 10 ans avec son meilleur ami nous la fait soudain paraître dissimulatrice et injuste, ce qui rentre en conflit avec une description de Véra dans un autre chapitre. Et ainsi de suite.

Donc, dans ce livre coécrit, il faut que chaque partie colle avec chaque autre. Désolé, mais vous ne pouvez inclure des éléments d’intrigue qui contredisent des milliers de pages déjà écrites par d’autres. Vous ne pouvez pas écrire quelque chose comme :

“Et alors, elle invoqua un sortilège irrésistible, un enchantement si puissant qu’aucun être, aussi démoniaque ou corrompu soit-il, ne pouvait y résister.

– Réveillez-vous ! Vous êtes sous l’emprise du Stupidum maleficus, écrivit-elle, traçant les runes sur le grimoire dont les pages s’affichaient partout dans le royaume, sur les écrans magiques, afin que tous puissent sortir de la transe hypnotique dans laquelle ils étaient plongés.”

Pas question ! Tel qu’il se présente actuellement, ce roman n’est pas de la fantasy. Au train où vont les choses, ça serait plutôt une dystopie.

D’ailleurs, donnons-lui un titre, à ce livre… Que diriez-vous de Les damnés de la Terre ? Non, avec un titre pareil, c’est la fin catastrophique assurée. Soyons plus subtils. L’incroyable destin de la seule planète habitée dans l’univers… trop long et ça prête à polémique. On pourrait raccourcir : Seuls au monde. Déjà fait, ou presque.

Ah, tenez, j’en ai un bon : Les oubliés de la galaxie. Oui, oui, ça fait science-fiction, mais regardez autour de vous, le tome, le volet de la saga, que nous écrivons/jouons/vivons actuellement EST un roman de SF. Il y a 50 ans, si un habitant de cette planète avait regardé un film montrant un smartphone, un GPS, un écran plat d’ordinateur, de la chirurgie au laser, un tableau de bord de voiture actuelle avec tous ses LEDs, il aurait su que c’était de la science-fiction. Il y a 50 ans, ces tableaux de bord, on les voyait dans les décors de film, montrant le poste de pilotage d’un vaisseau spatial.

Donc, nous avons un titre pour notre livre.

Pourquoi “Les oubliés”  ? Vous ne vous rappelez vraiment pas ? Eh bien, voilà pourquoi. Et ne comptez pas sur moi pour vous souffler la réponse. Essayez donc d’expliquer à un amnésique ce qui lui est arrivé, qui il est, d’où il vient… vous ne réussirez qu’à le mettre en rogne. Vous n’avez pas lu La mémoire dans la peau de Robert Ludlum ? Vu le film, peut-être ? Non ?

Renseigner un personnage sur son passé oublié, c’est un peu comme de l’informer sur son futur qu’il ne connaît pas encore, ou comme donner la solution de son problème à une personne. Ne croyez pas qu’elle vous en sera reconnaissante. Vous avez déjà essayé ?

“Écoute, Lynda, sortir avec ce gars-là ne t’apporte que des ennuis. Tu vas souffrir pour rien et ça ne te mènera nulle part…

– Mais qu’est-ce que t’en sais ! Et puis, de quoi je me mêle, d’abord. Tu sais ce que tu peux en faire de tes conseils ?”

On a coutume de dire que les grandes questions “Qui sommes-nous ?” “D’où venons-nous ?” sont les fondements de la philosophie. Allez voir des amnésiques dans les hôpitaux psychiatriques : ils se posent les mêmes.

Quant à “Où allons-nous ?” Ça revient à connaître la fin d’une histoire à l’avance. Ça s’appelle spoiler, ça gâche le suspens et c’est très mal vu. Et puis, rien n’est joué, la saga n’est pas finie et – qui sait ? –  il y aura peut-être des fins alternatives. Comme disait Jennifer Goines dans la série 12 Monkeys [12 singes] ;: “Il y a de nombreuses fins possibles. La bonne est celle que tu choisis.”

Voilà. Je vous avais promis que dans cet article je retomberais sur mes pattes, en bouclant la boucle avec l’autre intitulé Liberté d’esprit. C’est fait. Je ne me contente pas de développer des théories farfelues, je vous montre en direct live qu’on peut les mettre en pratique. Elle est pas belle, la vie ? Me remerciez pas, cette portion du scénario, vous l’avez coécrite. Ça a du mal à rentrer, hein ?

Quod Erat Demonstratum, ce qu’il fallait démontrer. CQFD.

Pour ceux qui n’ont pas encore capté cette idée de fuir ses responsabilités d’auteur, en voici un échantillon :

Cet article est une pure fiction. Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur de ce blog.

Rebondissement inattendu : alors que je finis la correction de cet article, une amie auteure vient de m’envoyer cette “citation du jour” de son calendrier :

“La Liberté est le résultat d’un combat intérieur et d’une victoire sur les ténèbres en soi.”

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